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«Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es.» Comme le suggère ce slogan à la mode, un régime alimentaire équilibré favorise une meilleure santé, mais cela veut-il dire qu'en modifiant votre régime alimentaire vous pourrez changer qui vous êtes? Après tout, si certains aliments sont bons pour la santé, n'est-il pas logique que d'autres vous rendent malade? Autrement dit, est-il possible, en réinventant son régime alimentaire, de guérir ou de prévenir l'arthrite ou d'en soulager les symptômes?
Ce sont ces questions, en apparence pleines de bon sens, qui servent à justifier la plupart des assertions sur les bienfaits du régime alimentaire dans l'arthrite, assertions qui, disons-le, sont souvent avancées de bonne foi. Et les témoignages ne manquent pas : Tante Jeanne a cessé de manger de la viande rouge et marche maintenant sans ses cannes; depuis que la belle-soeur du facteur a commencé à boire du thé cornaret (griffe du diable), ses douleurs articulaires ont complètement disparu; manger des tomates et des poivrons verts, affirme un auteur, est mauvais pour l'arthrite parce qu'ils font partie de la famille de la jusquiame noire.
Malheureusement, du point de vue des spécialistes de l'arthrite, la plupart des théories selon lesquelles certains aliments peuvent causer, guérir ou soulager l'arthrite ne sont que des théories, tant qu'on n'a pas prouvé qu'elles sont vraies ou fausses ou partiellement vraies. S'appuyant sur une solide tradition scientifique, le corps médical a maintes fois affirmé qu'il n'existe aucun lien entre le régime alimentaire et l'arthrite tant que cela n'a pas été vérifié scientifiquement, surtout aussi longtemps qu'on a accès à d'autres traitements sûrs et efficaces.
Or, récemment, certains changements ont ouvert une brèche dans l'armure indéfectible de la science. D'abord, on n'a plus pour les médecins le même degré d'estime qu'on leur témoignait autrefois. De leur côté, les patients commencent à reconnaître ce que les médecins eux-mêmes acceptent petit à petit : ils ne peuvent pas tout savoir. La recherche scientifique est un domaine trop vaste pour qu'une personne puisse à elle seule tout assimiler et les spécialités médicales et leurs banques de données de plus en plus vastes font constamment reculer les limites des connaissances que doit acquérir le médecin.
Par conséquent, selon certains médecins du moins, on aurait avantage à réexaminer certaines croyances de longue date à la lumière des nouvelles connaissances et à reconnaître que certains facteurs, dont l'alimentation et son rôle possible dans l'arthrite, par exemple, ne sont peut-être pas si difficiles à déterminer et à réfuter. On commence à accepter qu'il y a peut-être des exceptions à la règle : il y a simplement trop de gens qui affirment que ceci ou cela a été bénéfique pour eux pour qu'on les ignore.
Le secret réside dans «l'exception». Pour le scientifique, avoir l'esprit plus ouvert ne veut pas dire qu'il faille ignorer les données connues et, fait essentiel, aucune étude n'a jamais démontré l'existence d'un lien universel entre le régime alimentaire et l'arthrite, même si certaines personnes atteintes d'arthrite, l'exception à la règle, ressentent les nombreux effets, à ce jour non répertoriés, de ce qu'elles mangent. En fait, à part les bienfaits présumés du ginseng, des carottes ou du boeuf grillé au charbon, il existe au moins deux raisons bien connues qui font que certaines personnes ressentent un soulagement de leurs symptômes après avoir adopté un régime à titre expérimental. Le premier est la nature cyclique de l'arthrite et le second est l'effet placebo.
«Pour des raisons toujours méconnues, explique le rhumatologue Andrew Chalmers, bon nombre de formes d'arthrite [dont l'arthrose, l'arthrite rhumatoïde et le lupus] sont caractérisées par des périodes de rémissions spontanées et de crises, indépendamment des traitements.» Ces périodes peuvent durer des jours, des semaines, voire des mois, et sont tout à fait imprévisibles. Par conséquent, on s'imagine facilement que le fait d'adopter de son propre chef un nouveau traitement, telle une modification de son régime alimentaire à peu près au même moment où débute une période de rémission puisse pousser l'arthritique à attribuer une amélioration de son état à ce nouveau traitement. Et même si les symptômes ne reviennent jamais, ajoute le Dr Chalmers, «il serait toujours impossible d'affirmer sans équivoque que c'était à cause d'un traitement particulier. Par contre, dans des essais contrôlés, les chercheurs qui étudient l'arthrite font de leur mieux pour tenir compte de cette variable afin d'éviter de fausser les résultats.»
Les chercheurs sont également conscients du pouvoir de l'esprit sur le corps. Les médicaments sont mis à l'essai contre des placebos (une substance inerte) car des études ont démontré que chez 30 pour cent des sujets participant à des essais cliniques, le simple fait de croire qu'ils faisaient quelque chose de positif pour améliorer leur état suffisait à soulager la douleur. Le mot latin «placebo» signifie «je plairai», une toute petite phrase qui résume bien la puissance du phénomène de la pensée positive : je crois que mon traitement est bon pour moi, par conséquent, mon état va s'améliorer. Dans le monde résolument compétitif du lancement de nouveaux produits pharmaceutiques sur le marché, pour qu'un médicament soit considéré efficace, il doit apporter un soulagement nettement supérieur à l'effet placebo.
«Si vous êtes atteint d'arthrite, le côté négatif de l'effet placebo est que rien n'est réellement fait pour traiter votre arthrite, ajoute le Dr Chalmers, et l'absence de symptômes ne veut pas dire que la maladie soit guérie. Malheureusement, chez la plupart des gens, l'effet placebo ne dure pas longtemps et la maladie reprend de plus belle.»
Pourtant, il est possible qu'il y ait un rapport entre l'alimentation et l'arthrite. D'abord, certains aliments provoquent des allergies. Il est donc concevable que des réactions allergiques puissent se produire dans les articulations. Deuxièmement, certains régimes alimentaires qui contiennent une quantité déterminée de protéines, de calories ou d'acides gras ont un effet sur l'inflammation associée à l'arthrite.
Le Dr Richard S. Panush, immunologiste au Saint Barnabas Medical Center à Livingston, dans le New Jersey, est l'un des chefs de file en matière d'alimentation et d'arthrite en Amérique du Nord. Vers la fin des années 80, le Dr Panush a réalisé des tests de provocation orale par des aliments dans des conditions rigoureusement contrôlées afin de vérifier la théorie selon laquelle l'alimentation serait à l'origine de l'arthrite. Pour cette étude, il a sélectionné 30 personnes atteintes d'arthrite inflammatoire ayant affirmé avec suffisamment de conviction que leurs symptômes étaient liés à des aliments pour que l'on veuille pousser plus loin la recherche. Les résultats ont été publiés en 1990 dans la prestigieuse revue scientifique Journal of Rhumatology.
Bien qu'il soit le premier à admettre que ses observations ne sont pas concluantes et doivent être confirmées par des études de plus grande envergure, le Dr Panush a constaté que dans des essais effectués en aveugle [les sujets ne savent pas sur quoi les tests sont effectués] «la plupart des patients ayant attribué leur arthrite à l'alimentation s'étaient trompés.» Le pourcentage de patients arthritiques ayant une hypersensibilité immunologique à certains aliments est sans doute inférieur à cinq pour cent. Ces chiffres ne tiennent compte que des patients qui ont été identifiés dans des études contrôlées. Selon ces constatations, l'allergie alimentaire aurait un rôle à jouer au moins chez certains arthritiques.
Si les observations du Dr Panush s'avèrent justes lorsqu'on les applique à la population en général, les personnes ayant développé l'arthrite inflammatoire suite à une réaction allergique à certains aliments seraient assez rares et si la plupart des gens qui croient que leur arthrite est causée par un aliment ont tort, ces conclusions pourraient être lourdes de conséquences.
Le Dr Panush semble avoir confirmé l'existence d'une nouvelle forme rare d'arthrite inflammatoire associée aux allergies alimentaires. Mais qu'en est-il des autres 95 pour cent qui ont d'autres formes d'arthrite inflammatoire, comme par exemple les personnes atteintes d'arthrite rhumatoïde ou d'arthrite psoriasique? Il ne semble pas y avoir de rapport entre ces formes d'arthrite et l'alimentation, même si certains pensent sincèrement le contraire.
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